dimanche 29 mai 2011

Ming Mei et An Ji Bai Cha : deux magnifiques thés verts du printemps 2011

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En Chine il y a plus d'un mois que les récoltes des thés verts d'exception se sont achevées. Dans beaucoup de régions les théiers des grands crus ont été taillés et les feuilles ne seront plus ramassées avant le printemps de l'année prochaine. Trois à six semaines de récolte, dix semaines d’enchantement à les déguster et il en est fini des thés verts primeurs spéciaux. Il ne reste plus qu'à évoquer les bons souvenirs. D'autant que cette année 2011 a été de bonne qualité, ce qui n'avait pas toujours été le cas en 2010 à cause des rechutes interminables de l'hiver.

L'hiver 2011 a pourtant été rigoureux et la neige s'est installée dans beaucoup de régions, mais le printemps est arrivé rapidement et la sève des théiers n'a pas été bloquée par des retours tardifs du froid. Ainsi, sur les théiers sélectionnés pour leur précocité, les cueillettes ont débuté tôt. Dans la province du Zhejiang, les premières récoltes que j'ai eu en main étaient du 20 mars. Soit 17 jours avant la fête de Qing Ming. Les récoltes avant le 5 avril sont en effet très prisées en Chine et les amateurs aiment avoir le privilège d'en acquérir un lot. Ce qui n'est pas toujours justifié car certaines cueillettes avant Qing Ming ne sont pas vraiment extraordinaires. Et cette année j'ai bu des Long Jing -issus de théiers anciens et récoltés le 10 avril- vraiment formidables.



Dans les thés verts du printemps 2011, j'ai eu deux coups de cœur.

Un Ming Mei des hauteurs du village Wu yuan dans la province du Jiangxi du 29 mars 2011



et un délicat An Ji Bai Cha de la province du Zhejiang du 28 mars 2011.




mercredi 30 mars 2011

La théière du Shaanxi



C'est dans l’inoubliable musée d'histoire du Shaanxi, à quelques rues de la grande pagode de l'Oie sauvage, que je viens de rencontrer cette étonnante théière. Si dans les salles des dynasties Sui et Tang les visiteurs s'attardent surtout devant le verre d'agate en forme de bœuf,



je suis resté quant à moi ébahi devant cette théière au bec si particulier.




Avec son anse si dynamique.




Et si c'était sa théière.



lundi 28 février 2011

Pourquoi tant de cérémonial ?

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    Je viens de me lever. Il fait nuit et froid. Autour de moi la ville dort encore. Dans une demi-heure les bruits vont s’élever. Pour l'instant seule la bouilloire frémit. C'est le moment que je choisis pour préparer mon thé. J'installe mes ustensiles, je m'ancre dans le sol et je respire. Mes gestes seront semblables aux autres matins.    
    On me demande souvent pourquoi je pratique tous les jours ce cérémonial du thé. Brièvement, je vais commencer à l'expliquer.
La pratique quotidienne est essentielle pour que le geste soit intégré au corps, seul moyen d'atteindre la spontanéité posturale nécessaire à la préparation du thé. Tous les gestes s'enchainent les uns après les autres, comme dans une chorégraphie. Chaque geste correspond à une respiration, à une énergie, et se déploie dans un temps déterminé. Ainsi chaque geste est essentiel à l'épanouissement de la liqueur de thé.
  (suite août 2011)

lundi 31 janvier 2011

Mi Lan Xiang à Singapour

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De passage à Singapour, j’entreprends une petite visite aux amis du thé dans le quartier de Trengganu Street. J'arrive de l'est par Cross Street puis tourne sur South Bridge Road et entre directement à Mosque Street. Dans la ville c'est un de mes coins préférés. Et même si les rues adjacentes (comme Pagoda Street ou Smith Street) perdent peu à peu leurs particularités, c'est toujours un plaisir de s'y rendre. J'ai une journée devant moi : je vais pouvoir faire la tournée des maisons de thé. Je pousserai mon escapade jusqu'à Neil Road et Telok Ayer Street, sans oublier Club Street.

Chaque maison a ses spécialités, chaque famille ses thés de prédilection. Les grandes régions de production du sud et du sud-ouest de la Chine sont toutes bien représentées.
Mais c'est aussi un lieu idéal pour trouver les accessoires de thé en terre, en bois ou en porcelaine. Certains ustensiles, fabriqués en Chine et destinés aux cérémonies de thé, sont plus faciles à trouver à Singapour qu'à Beijing !

Le Yunnan d'abord : les thés du « sud des nuages » sont ici très prisés; les Pu'er se vendent bien à Singapour et quelques importateurs en ont de fameux.

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Dès que j'arrive, les professionnels du thé des environs sont conviés en un instant par les patrons des maisons de thé. Plusieurs arrivent en scooter express et en dix minutes il est organisé une dégustation fine ! Une telle rapidité pour mettre sur pied, avec de vrais connaisseurs, une vraie dégustation professionnelle, c'est vraiment impressionnant. Pas besoin d'envoyer de courriels pour prévenir tout le monde, pas besoin de sortir les agendas pour trouver une date : la dégustation, c'est ici et maintenant !
En plus, devant chaque liqueur et infusion, toutes les personnes présentes font une analyse de ce qu'ils viennent de voir, de sentir et de gouter. Un vrai plaisir.


La région du Fujian est également représentée. On rencontre des spécialistes des Shui Xian et d'autres véritables thés du nord des Wu Yi Shan. Mais aussi de vraies productions du district de Anxi. Certains marchands retravaillent les thés de Anxi qu'ils reçoivent. Ils trient de nouveau les feuilles pour réaliser des Jing Cha, sorte de quintessence du thé. De manière traditionnelle, ils mélangent même parfois plusieurs productions en leur donnant des noms nouveaux, -propres à leur boutique- et que leurs clients apprécient en toute connaissance de cause et viennent acheter spécialement.

Au milieu de toutes ces dégustations, c'est un thé de l'est de la région du Guang Dong qui a retenu mon attention -par sa qualité exceptionnelle : un Mi Lan Xiang Dan Cong (récolté en Chine le 11 mai) qui n'a jamais aussi bien porté son nom d'orchidée parfumée tant l'odeur de cette plante herbacée est présente dans l'infusion.

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D'ailleurs le Mi Lan Xiang est comme chez lui à Singapour, dans cette ville où poussent autant d'extraordinaires variétés d'orchidée.

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Pour une fois, dans la liqueur orangée, en attaque, pas de note grillée trop accentuée (comme c'est souvent le cas pour les moins réussis de ces thés), mais rapidement le boisé léger et des variations fruitées de cassis, de pêche puis une symphonie de petites pointes fleuries, dont justement l'orchidée (semblable à ce que l'on trouve dans certains très bons Fen Huang Dan Cong). Puis arrivent les pétales de rose, et de nouveau le fruité de la mûre, une infime petite note de litchi ( que je n'aurais peut-être pas décelée si je ne l'avais pas déjà rencontrée -en beaucoup plus soutenue- dans d'autres Mi Lan Xiang). Enfin une subtile astringence, alliée aux fruits noirs, s’installe durablement en bouche. Nous n'avons bu que trois eaux de ce merveilleux thé, ce qui est certes dommage, mais qui est le lot de ce genre de dégustation. La dernière était la meilleure. Ce qui laisse à penser que les suivantes auraient été pas mal non plus.

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dimanche 19 décembre 2010

L'allée aux jeunes rameaux (suite)


    Des amis du thé m'ont réclamé le poème de Yao He (775-842) dans sa totalité. 


    Le voici :

葼径
药院径亦高,
往来踏葼影。
方当繁暑日,
草屩微微冷。
爱此不能行,
折薪坐煎茗。
姚合

Comme traduction j'ai choisi celle de Hervé Collet et de Cheng Wing Fun publiée chez Moundarren. La calligraphie au début de cet article est également de Cheng Wing Fun .

L'allée aux jeunes rameaux

Dans le jardin de pivoines l'allée est bordée de hauts arbres,
je m'y promène en foulant l'ombre des jeunes rameaux.
Aujourd'hui la chaleur est accablante,
pourtant mes sandales en paille sont fraîches.
J'aime cet endroit, je ne puis me résoudre à en partir,
je casse des branches mortes pour préparer le thé.
                                                                            Yao He


mardi 30 novembre 2010

Yao He, L'allée aux jeunes rameaux


Parmi les amis du thé il y a aussi ceux du passé. Les poètes qui nous parlent du thé et que l'on relit sans se lasser. 
Ce matin je parcourais L'allée aux jeunes rameaux de Yao He 姚合, quand je me suis souvenu d'une phrase qu'un maître de thé m'avait dite à Xi'an 西安, en dessous des remparts, dans une petite maison glacée que la vapeur de l'eau bouillante essayait de réchauffer.
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Il neigeait dehors. A l'époque, avec un air malicieux, il m'avait dit avant de préparer le thé : « we're going to snap twige off »; « on va casser du petit bois ». Il avait une bouilloire électrique, pas de poêle, et je n'avais pas compris pourquoi il me disait cela. J'ai supposé qu'il s'agissait d'une référence littéraire mais je ne savais pas laquelle.
Et c'est juste aujourd'hui, trois ans plus tard, que je saisis son propos. Le poète de la dynastie Tang achève ainsi son poème : « on va casser du petit bois et on s'assoit pour infuser le thé. »
                                                             折 zhē
                                                             薪 xīn
                                                             坐 zuò
                                                             煎 jiān
                                                             茗 míng 
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dimanche 31 octobre 2010

Une visite au pavillon de thé Hu Xin Ting

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Lorsque j'ai rendez-vous dans la vieille ville, je prévois toujours un moment pour passer au pavillon de thé Hu Xin Ting. C'est une institution à Shanghai et il est probable qu'aucun amateur de thé séjournant dans la ville ne manque d'y faire un tour. Si le quartier est devenu d'année en année un véritable bazar où les touristes déambulent en rangs serrés, il abrite tout de même quelques lieux formidables où l'on rencontre souvent des amis du thé.
Aujourd'hui j'ai du temps et je peux bien en profiter. Il faut dire que j'ai une autre habitude sur cette esplanade, à coté du petit pont aux Neuf Courbes : je rends régulièrement une petite visite au jardin Yu.
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Même si je ne reste que vingt minutes dans le Yu Yuan je ne quitterai pas la vieille ville sans y être rentré quelques instants. Je paye vite mon billet, je quitte le brouhaha pour retrouver la Chine éternelle. Je connais tous les raccourcis, et ainsi, je vais contempler la partie du jardin qui me fait plaisir. 
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Je reste un bon moment à regarder, selon les saisons, un toit, un dragon ou un reflet dans une étendue d'eau. S'il y a trop de monde dans telle partie du jardin, je me déplace ailleurs. Quand j'ai trouvé un endroit calme où je suis bien, je ne bouge plus et je m’enivre de la beauté du lieu.
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Après cette contemplation, je suis dans une bonne disposition pour pratiquer un Gong Fu Cha. Le plus difficile est parfois de revenir au pavillon de thé à contre courant des marées humaines rendant infranchissable les vingt-cinq mètres entre les deux lieux. Plus d'une fois, j'ai du faire le tour par la Jiujiaochang lu.
En rentrant aujourd'hui dans le pavillon Hu Xin Ting, j'ai tout de suite aperçu un homme, encore assez jeune, à la mise simple, vêtu d'une veste grise, qui débutait une préparation.
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J’ai eu de la chance car il commençait tout juste et se prodiguait de légers massages sur les yeux, les joues, les tempes, pour se détendre le visage. Je me suis installé un peu loin de lui pour ne pas le gêner mais suffisamment près pour observer à loisir ses gestes. Je n'étais pas le seul à suivre son cérémonial. Il y a toujours en bas des personnes qui suivent les préparations des autres sans rien consommer. J'ai fait signe au patron que je commanderai plus tard. Il a l'habitude, il a acquiescé d'un mouvement de tête.
Du Gon Fu Cha de l'homme à la veste grise, je garderai dans ma mémoire sa façon de prendre le couvercle de sa petite théière de Yi Xing : seul le petit doigt de sa main droite était replié dans la paume de sa main. Ce geste est difficile à exécuter : désolidariser le petit doigt des quatre autres doigts demande une souplesse étonnante ou tout au moins une grande pratique.
Personnellement je préfère laisser tous les doigts recouvrir le couvercle. J'aime bien cette impression qui me rappelle, lorsque je bouge la main, le trait de pinceau du calligraphe -même si mes maîtres de thé m'ont toujours demandés de le tenir avec le pouce et l'index et de replier dans la paume les trois autres doigts. J'ai suivi longtemps cette prescription, puis un jour, je ne sais plus à la suite de quoi, c'est imposé à moi cette façon de faire. Je n'en ai plus changé, sauf lorsque j'enseigne à quelqu'un comment bien préparer le thé. D'ailleurs je fais une grande différence entre les gestes qui sont utiles pour bien maîtriser le thé (comme verser l'eau sur les feuilles ou retourner les tasses pour les égoutter) et ceux qui n'ont pas de réelle importance et qui parlent plus de celui qui les réalise (car tenir un couvercle avec deux ou trois doigts ou plier sa serviette en deux ou en trois, ne changent en rien le goût du thé.) Mais je blasphème...
Une autre caractéristique du Gong Fu Cha de l'homme à la veste grise : sur sa table à thé il posait son couvercle juste à gauche de sa théière (sur la même ligne). Ce que je n'avais jamais vu faire auparavant et ce qui m'a paru dans l'absolu peu aisé à réaliser par un droitier. Pourtant ce geste chez lui était simple et harmonieux et ne gênait en rien la fluidité et le rythme de sa préparation. Un beau moment.
J'ai ensuite officié avec un Da Hong Pao de qualité. Les personnes qui suivaient tout à l'heure les gestes de l'homme à la veste grise se sont tournées pour m'observer. Concentré dans ma respiration j'ai vite oublié leur regard. Après avoir suivi le cérémonial j'ai rempli trois tasses. J'en ai déposé deux devant ma table de thé pour les deux personnes des alentours qui ne consommaient pas. Ils ont d'abord fait comme s'ils n'étaient pas concernés, mais le patron qui suivait ma préparation leur a dit quelque chose (que je n'ai pas compris) et ils sont venus prestement chercher leur tasse. Après avoir dégusté la liqueur boisée et fruitée, l'un deux m'a dit « it's good ».
J'ai quitté en paix la vieille ville.
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jeudi 30 septembre 2010

Une petite maison de thé


En Chine c'est souvent dans les maisons de thé prestigieuses que l'on rencontre des amis qui excellent dans la préparation des thés. Certaines de ces maisons sont des repères bien connus. Mais je ne veux pas commencer par là. Je préfère aujourd'hui évoquer une de ces petites maisons de thé, toutes simples, comme il y en a beaucoup en Chine, depuis qu'elles sont autorisées de nouveau à ouvrir leurs portes. Je les affectionne car on y rencontre parfois de vieux messieurs qui ont une pratique du thé simple et harmonieuse. J'aime à les regarder, à observer tel geste, telle attitude, telle méthode, ou simplement, lorsqu'ils le veulent bien, à partager le thé avec eux.
Pourtant ces petites maisons comportent bien des inconvénients. D’abord le thé n'est pas souvent fameux. Certes il n'est pas onéreux, jamais non plus désagréable à boire, mais parfois, il faut le reconnaître, il est très ordinaire. (Cela me fait penser qu'à force de consommer des thés d'exception, je ne me rends plus vraiment compte de la chance que j'ai.) Ensuite ces lieux sont souvent enfumés : les habitués des maisons de thé grillent parfois cigarette sur cigarette. Heureusement elles sont ouvertes aux quatre vents et les fumées sont vite dissipées dans les courants d'air. Sauf que l'hiver il y fait très froid, dépourvues de chauffage, il n'est pas rare que les portes restent grandes ouvertes... Quel plaisir alors de se blottir contre la table à thé bien chaude, dans la vapeur de l'eau bouillante, les mains posées sur la théière de Yi Xing, le corps rasséréné par la paisible liqueur.
Parmi toutes ces petites maisons, il fallait en choisir une. Une que j'affectionne tout particulièrement. J'ai bien hésité. Et c'est celle du Peng lai gong yuan que j'ai retenu. Elle ne se trouve pas dans le plus beau jardin de Shanghai, ni le plus grand, elle n'est d’ailleurs, à ma connaissance, dans aucun guide touristique. Trop loin de la vielle ville, trop loin des anciennes concessions. Mais probablement dans le jardin le plus populaire et le plus animé de la ville. Ce jardin porte le nom de l'ile de Péng lái 蓬莱 (dans le Shandong) et de sa montagne (蓬萊山), lieu d'immortalité des taoïstes. Le samedi matin, c'est un concentré de toutes les activités et de tous les arts chinois : des chanteurs d'opéra aux pratiquants des arts martiaux, des calligraphes aux joueurs de cartes, des danseurs aux adeptes du majong, rien ne manque, chacun a son espace réservé, et dans chaque méandre du jardin, on y retrouve une activité traditionnelle. En semaine, tout en discutant, les anciens s’égaillent et s'étirent sur des agrès, quelque soit le temps qu'il fait.
Et au milieu de tout ce monde il y a une maison de thé. Je l'aurais difficilement découverte si je n'avais pas travaillé dans les environs et si je n'avais pas pour habitude de trainer dans les lieux non touristiques à la recherche des amis du thé. Souvent d'ailleurs, c'est dans une maison de thé, petite ou grande, que j’apprends l'existence d'une autre maison de thé ou d'une personnalité, qui pourrait partager sa pratique ou ses connaissances sur un thé particulier. De table en table, j'ai beaucoup appris dans ces lieux. 
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La dernière fois que je suis passé c'était l’automne. Il pleuvait fort. Le jardin était presque désert. Fantomatique. Seuls quelques imperturbables joueurs de carte continuaient leurs parties dans les rares endroits abrités. J'ai posé mon parapluie sur les marches et je suis entré. La salle était vide. La patronne, une dame déjà âgée, a bondi de derrière son comptoir. Elle m'a reconnu et m'a installé sur la seule table où il y avait un petit bouquet. Comme si c'était une évidence, elle est allée directement me chercher les ustensiles nécessaires au Gong Fu Cha, sans rien me demander. Puis elle a apporté, dans deux pots, deux wulong : un Tie Guan Yin, au léger parfum d’orchidée et de pêche blanche, et un Dan Cong, un peu trop sec et ancien pour moi. La théière était assez neuve, d'un bleu nuit presque noir, ce n'était pas celle que j'avais utilisé les années d'avant. Peut être avait-elle été cassée. Je n'ai pas su comment le demander à la patronne. Cette nouvelle théière de Yi Xing aurait été idéale pour quatre ou cinq personnes. Je l'ai réchauffé et j'ai tapissé son fond d'un tiers de feuilles.
La patronne m'a dit d'en mettre davantage. Je ne me suis pas senti de lui refuser. J'ai fait six infusions très courtes et heureusement pour moi -sinon j'aurais été ivre de thé- deux jeunes hommes qui ne pouvaient pas pratiquer le Taï Chi à cause de la pluie, sont venus m'aider à épuiser la théière. Le plus élégant des deux, qui portait une veste traditionnelle, m'a indiqué une adresse, pas très loin, où l'on pouvait acheter un très bon Anxi Tie Guan Yin. Après être retourné travailler, le soir, à la nuit tombée, sous un rideau de pluie, je suis reparti avec trois de mes élèves, vers ce marchand de thé inconnu.

mercredi 18 août 2010

Le thé est semblable à notre monde.


Le thé est semblable à notre monde. Une vie ne suffira pas pour en faire le tour : bien trop vaste à parcourir, trop étendu à traverser. Pourtant sur cette route du thé nous sommes nombreux à nous être engagés. Résolument. Nous rencontrons dans nos voyages d'autres amis du thé. Une confrérie aux mœurs simples ou sophistiqués, selon les lieux, selon les moments.
Il est difficile lorsque l'on arrive dans un endroit inconnu de rencontrer autrui autrement que dans la superficialité. Le voyageur est souvent accepté parce qu'il dépense son argent. Ainsi le voyage peut n'engager ni l'être du voyageur ni l'être de l’accueillant.
Avec le thé ces rencontres sont plus simples, plus limpides. Bien sûr nous ne sommes pas naïfs : certains nous offrent le thé pour mieux nous en vendre. Même dans les lieux de spiritualité. Néanmoins, préparer le thé n'est pas un acte anodin. Chaque geste de cette préparation parle de celui qui la réalise. La pratique du thé raconte ce que nous sommes : dans le faire elle engage l'être. On peut ne pas connaître la langue de celui que l'on visite, mais très vite, lorsqu'il a compris la voie qui est la nôtre -à la façon dont nous nous tenons devant lui et devant le thé- les distances se réduisent, les consciences se rapprochent. Une manière de présenter les feuilles, de verser l'eau dessus, d'utiliser les sens que nous avons reçus en partage, un silence, un regard, la trajectoire d'une main : on ne peut guère se tromper. Les faussaires et les profiteurs sont vites démasqués.
On parcourt le monde pour rencontrer les autres, et dans ce périple, le thé est un fameux médiateur. C'est un catalyseur de paix.


Mais pas seulement, on peut aussi partir à la rencontre du thé pour lui même. On se promène alors dans les jardins, les plantations, petites parcelles ou grands domaines, et là, on croise les grands créateurs de thé, ces hommes passionnés et exigeants, aux savoirs faire parfois ancestraux et aux personnalités souvent peu banales. S'ils sont heureux de nous montrer leurs trésors, c'est qu'ils ont su élever le thé dans les hautes régions de la Culture humaine.